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RED RISING la trilogie (Pierce BROWN)- Revue

Oh, hey! Salut…toi. Est-ce que toi aussi tu t’es froissé la cuisse en montant les escaliers quatre à quatre, ruinant toute chance de pouvoir passer la journée au soleil? Est-ce que tu t’es résigné à ta vie pathétique et misérable pour ensuite prendre un livre et te plonger dans son univers, avec l’espoir qu’il soit plus enivrant que celui morose de ton logit? Non? Eh ben moi si. Et c’était là l’histoire de comment j’ai entamé ma lecture de Red Rising. Spoiler alerte: ce fut un voyage palpitant!

Habituellement les chroniques sur les œuvres avec au moins deux tomes à leur actif posent un certain problème. Ce dernier étant qu’il est assez compliqué de discuter des personnages et de leurs évolutions dans les tomes 2,3, etc… sans en quelque sorte vendre la mèche sur le fait qu’ils aient survécu à l’aventure du premier tome. Red Rising me facilite la tâche et le point que je vais soulever sera le noyau de cette chronique, la thèse et l’antithèse, la défense et l’accusation de cette saga; Red Rising est racontée à la première personne. 

En tant que lecteur je ne cache pas mon amour pour les histoires narrées à la troisième personne. Mais en termes d’immersion dans l’esprit d’un personnage, je crois pouvoir affirmer sans brusquer quiconque que rien ne vaut la première personne. Pierce Brown, l’auteur de la saga qui fait l’objet de cette chronique, s’en sert pour nous introduire dès le départ dans l’esprit de Darrow notre protagoniste et compagnon durant toute l’aventure. 

Brièvement voyons de quoi parle Red Rising.

Red Rising Cover edition

C’est une saga de science fiction, mais ne soyez pas effrayé par le terme car son noyau est assez simple à saisir. Les humains ont entamée la colonisation de l’espace depuis des siècles et la société actuelle est structurée de façon pyramidale, chaque classe étant désignée par des couleurs; les ORS au dessus et les ROUGES à la base, avec plusieurs autres nuances aux niveaux intermédiaires (les roses, les jaunes, les gris, les obsidiens, les violets, les blancs, les bruns, les verts, les bleus, les oranges, les cuivres). Chacune des couleurs a une fonction donnée, les ORS étant les dirigeants de la société, les nobles et parfois même considérés comme de véritables dieux. 

Bref une société pyramidale comme on en a vu des centaines. Le point intéressant de celle-ci est le vilain secret qui se cache derrière toute cette beauté et perfection dont les ORS sont si fiers. Les ROUGES qui vivent sous Mars et d’autres planètes du système solaire. Ceux-ci sont des mineurs qui tous les jours risquent leur vie pour de l’hélium 3, en échange de maigres rations pour survivre, loin de la surface de la planète, dans un monde terne et désolant. Et pourtant, les ROUGES dansent, les ROUGES aiment et les ROUGES meurent. Ils meurent en étant convaincus d’avoir vécu pour la bonne cause. Ils meurent pour un mensonge, le mensonge qui leur est imposé depuis des siècles: l’humanité encore enfermée à la surface de la Terre compte sur eux, et le précieux hélium 3 qu’ils minent, est ce dont elle a besoin pour terraformer Mars (processus qui consiste à rendre vivable l’atmosphère d’une planète pour les terriens). Ils sont des pionniers. Mais tout va changer quand après un évènement tragique, Darrow va rejoindre la surface de la planète et découvrir rien d’autre que des humains qui vivent dans l’aisance et la frivolité, aux dépens des ROUGES. Il y a bien des siècles que la terraformation est achevée ainsi que celle d’autres planètes et lunes du système solaire, et ce à l’insu des ROUGES qui continuent de miner en renflouant les poches des autorités.

L’histoire a beaucoup plus de nuance mais je ne les évoquerai pas car, mon but n’est pas de la narrer mais de donner les faits qui seront utiles à cette chronique, tout en évitant de vous ruiner le plaisir durant une éventuelle lecture.

Bien qu’ayant un prémisse assez simple, cette histoire réussit à s’approfondir et briller de par les multiples couches de sa société qui se révèle plus complexe que laisse imaginer un simple schéma d’un triangle. Son point le plus marquant néanmoins,selon moi, n’est nul autre que son personnage principal. 

Fanart by Coralie Judènot on Twitter. Darrow au début de Red Rising et Darrow à la fin.
Compte Twitter de la dessinatrice @ merwild. Donnez de l’amour!

Comme je le disais préalablement l’histoire est narrée à la première personne et l’auteur exploite les points forts d’un tel style à merveille. Nous avançons aux côtés de Darrow, nous sommes dans le noir comme lui au début de l’histoire et, c’est main dans la main que nous découvrons l’absurde réalité de l’univers dans lequel on s’est installé durant les premiers chapitres. C’est un changement nouveau du panorama du monde, mais c’est un changement accueilli avec plaisir car cela ouvre des portes, de nouvelles possibilités. Tout un monde attend dehors et on trépigne d’impatience à l’idée de le découvrir aux côtés de Darrow. 

Et puis l’auteur nous trahit. 

Avant d’aborder le premier point négatif de ma critique, je tiens à préciser que je vais évoquer un événement qui se passe relativement au début mais que certains pourraient considérer comme un spoiler. C’est un événement qui est mentionné dans le synopsis à l’arrière du premier livre donc je ne le considère pas comme tel, mais avis aux chatouilleux quand-même.

Alors je disais que l’auteur nous trahit. Bien sûr je parle pour moi; ce fut ma première déception. En effet Darrow subit très vite une chirurgie pour changer de corps et ressembler à un OR (car chaque classe d’humain possède des attributs physiques particuliers, liés à leur tâche dans la société; ne me demandez pas comment: procédé scientifique obscur), là encore tout va bien. Mais ce qui m’a déçu c’est que par d’autres procédés scientifiques obscures propres à leur monde, une énorme quantité d’informations à propos du monde est enregistrée dans son esprit, des informations à propos de la société actuelle, des planètes. Tout ce dont il a besoin pour se faire passer pour un OR. 

Pour vous montrer l’étendu de ma déception laissez-moi faire une comparaison avec une œuvre partageant de vagues similarités: Harry Potter. Je me suis senti comme si je suivais Harry jusqu’à ce qu’il arrive dans le monde des sorciers, qu’il choisisse sa baguette, et que trépidant d’impatience pour découvrir les mystères de ce monde qui m’est inconnu, on m’annonçait que Harry n’irait pas à l’école des sorciers. Non il n’irait pas dans l’endroit le plus adéquat pour apprendre la magie. On va juste trouver un sort pour lui télécharger toutes les connaissances magiques et informations sur les sorciers, la guerre avec les forces du mal, Voldemort. Comme ça, Harry pourra aller accomplir sa destinée. 

Un instant je suis aux côtés de Darrow prêt à affronter un monde plein de surprises, l’instant d’après Darrow a pris cent années d’avance sur moi et sait plus de choses que je ne saurai jamais. Maintenant je dois lire l’histoire selon son point de vue uniquement mais on n’est plus connecté, plus comme on l’était au départ. Cerise sur le gâteau, il a même changé de visage. Ce sont là bien sûr des mesures totalement justifiées dans l’œuvre, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’au final ce sont des choix de l’auteur, et ce sont des choix qui ne m’ont pas plus. 

Ceci étant dit j’ai continué ma lecture et vu que je peux affirmer avoir aimer la trilogie, cela en dit long sur les compétences de l’auteur. 

En effet n’ayant pas eu le choix je poursuis l’aventure dans l’esprit d’un Darrow qui bien qu’il soit toujours le même, a quelque chose d’alien pour moi à présent. Avec sa nouvelle identité d’OR, il peut infiltrer cette académie où les ORS sont envoyés pour s’affronter, parfois au péril de leur vie, afin de trier la race et n’obtenir que les meilleurs produits. Le premier tome a des allures de Hunger game avec les élèves qui forment plusieurs maisons qui doivent s’affronter entre elles, jusqu’à ce qu’il n’y en ait qu’une victorieuse. L’auteur se sert de ce microcosme pour nous donner un aperçu de la société extérieure, la mentalité des ORS et raffermir la résolution de Darrow. Il va aussi former des liens solides avec certains d’entre eux et j’ai beaucoup aimé la conflictualité de ses sentiments devant ces ORS qu’il est censé détester, détruire, et qui pourtant au final ne sont que des humains. Sa honte face à ces gens qui lui accordent leur confiance, ignorant sa réelle nature, réelle identité. 

Mis à part la déception qui arrive assez tôt dans le tome et le fait qu’on nous vende un monde super large, pour ensuite nous envoyer dans une forêt pour tout le reste du récit, le premier tome est selon moi une excellente introduction à l’univers. 

Je n’entrerai pas autant dans les détails à propos des deux autres mais j’essaierai de vous donner mes impressions sur ceux-ci ainsi que celles globales selon l’œuvre. 

Si le premier tome suit Darrow le ROUGE infiltré chez les ORS, le second tome suit DARROW l’OR dans une société d’OR. Je n’implique pas que Darrow soit devenu un OR ou qu’il ait perdu ses motivations. Loin de là. Mais ce n’est plus le point central de l’œuvre. Dans le tome 2 on a une vision plus nette du tableau entier de la société, des multitudes de planètes et surtout des intrigues entre les ORS. Darrow est entraîné dans la lutte perpétuelle entre ceux-ci et slalome entre l’état de pion et celui de provocateur de chaos ambulant. Il fait partie des intrigues mais n’étant pas en réalité un OR, il les règle de façon spectaculaire et peu orthodoxe du point de vue des ORS. Durant ce tome la réputation de Darrow grandit et on le voit s’affirmer de plus en plus. Le nom de la trilogie résonne vraiment en nous car nous, les lecteurs, on sait qu’au fond il est un ROUGE. Les autres l’ignorent et cela crée une complicité: RED RISING. J’ai adoré ce tome.

J’ai adoré ce tome… mais j’ai commencé peu à peu à ressentir les limitations de la narration à la première personne. Sans entrer dans les détails, à un moment de l’histoire, Darrow va dans une sorte de mission d’infiltration sur une planète pendant qu’en orbite une géante bataille entre vaisseaux est menée. Cette bataille ce n’est pas juste des boom et plus de boom. Il y a des stratégies et des prises de décisions difficiles. Mais on ne suit QUE Darrow durant cette saga, donc qu’importe si j’ai envie de savoir comment la bataille se passe, je suis obligé de suivre Darrow dans sa petite aventure. Bien que cette dernière soit excitante, mon esprit n’avait de cesse de dériver vers ces vaisseaux géants au-dessus de nos têtes et moins vers ce que faisait le personnage censé être mon centre d’intérêt. 

Ceci n’est pas juste un événement isolé et il ne fait que s’aggraver dans le dernier tome de la trilogie.

Le troisième tome est celui que j’ai le moins aimé. Il est plein de super moments, des retrouvailles, des trahisons, des combats épiques et des morts de personnages familiers. La conclusion est satisfaisante. Vous vous demandez “de quoi il parle?”; “il est plein de contradictions” vous dites-vous. Oui je dis que c’est celui que j’ai le moins aimé, mais c’est aussi celui avec l’histoire la plus intéressante. Les évènements prennent une tournure plus dangereuse, il y a constamment de la tension que ce soit entre les personnages que d’un point de vue interplanétaire. On sent que quelque chose se prépare, un évènement tel que quelque soit son dénouement il changera la structure de la société; une répression plus sévère des ROUGES, la destruction du système actuel, ou peut-être même l’éradication de TOUS les ORS. J’adore cette tension. Je vis pour cette tension. 

Mais j’ai lu tout ce tome avec une sensation de malaise, la certitude que quelque chose n’allait pas. Quelque chose n’allait pas avec le personnage de Darrow. Il était partout à la fois, sur tous les coups, toutes les missions. La plupart du temps il ne servait à rien durant la première moitié des évènements jusqu’à ce que de façon très commode on ait besoin de lui. C’était juste une sensation de malaise, comme si j’essayais de regarder les étoiles, mais en pleine journée. Les étoiles étant les autres personnages; ils sont là, j’ai une vague impression de la beauté qu’ils recèlent, mais Darrow c’est le soleil. Une présence familière mais que j’ai tellement côtoyée, que je connais si bien et aime tant mais que j’aimerais à présent ignorée, pas parce que je la trouve moins intéressante, mais parce que je pourrai mieux apprécier sa beauté si j’expérimente autre chose. Oui je sais qu’on dirait les justifications d’un époux infidèle, mais c’est vraiment comme ça que je me suis senti tout le tome durant. 

A ma grande surprise quand je lisais les mots de fin de l’auteur, après les remerciements, il a confirmé mes craintes. Il affirme avoir eu des difficultés à écrire l’histoire du tome 3, jusqu’à ce qu’il se rende compte que ce n’était plus l’histoire uniquement de Darrow, mais aussi celle des autres personnages. J’ai alors compris la réelle source de mon problème avec ce tome: la première personne. Vous vous souvenez quand je disais que c’était à la fois la thèse et l’antithèse de cette chronique. Elle marche très bien dans le premier tome quand on est dans un microcosme, avec un nombre restreint de personnages et que les enjeux sont moindres. Elle commence à s’essouffler dans le second quand les enjeux atteignent un niveau interplanétaire. Mais dans le tome trois elle est juste problématique, et je comprends tout à fait pourquoi. Si comme l’auteur le dit ce n’est pas juste l’histoire de Darrow, mais aussi celle des autres personnages, comment peut-il nous la narrer si c’est Darrow le narrateur? Simple, Darrow doit aller où vont tous ces personnages, quitte à ce qu’il ait l’air inutile durant la plupart des missions comme je disais, puis de le rendre super utile tout à coup et lui faire voler le premier plan aux autres. Il faut que tous les personnages s’ouvrent à Darrow, lui racontent leur histoire, sinon comment verrait-on leur évolution, puisque c’est Darrow l’unique narrateur. 

Alors je ne prétends pas connaître la solution à ce problème que je souligne et puis vu la réception de cette trilogie elle s’en sort bien (super bien même) comme elle est. Au final cette chronique n’est que mon avis et je maintiens qu’il s’agit là d’une histoire superbe. La construction du monde, les personnages (surtout les antagonistes), l’influence romaine dans une société interplanétaire, l’évolution du protagoniste, et l’action (rien à redire sur ce point sinon que c’est HYPER bien exécuté); tous ces points pèsent plus dans la balance que ces critiques que j’ai évoqué. Je vous conseille vivement Red Rising si un jour vous aussi vous vous retrouvez cloué chez vous avec l’envie de vous évader. Et au passage ma cuisse va bien, si ça vous a jamais intéressé.

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Une réponse sur « RED RISING la trilogie (Pierce BROWN)- Revue »

Waouh… J’ai très envie de lire mais bon voilà… SF. Je vais me contenter de ta chronique qui fait vraiment le tour du sujet sans pour autant ruiner une potentielle lecture.

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