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Les sept Jours de La Création

[Ceci est une oeuvre de fiction. Les personnages et les situations décrits dans ce livre sont purement imaginaires : toute ressemblance avec des personnages ou des événements existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.]

« Dieu créa le monde en six jours et il vit que cela était bon. Dans chacun des ses actes de la création il laissa une partie de son âme, et le septième jour, ce qu’il restait de son âme tomba dans un sommeil profond. L’âme du Créateur se divisa ainsi en sept parties, attendant d’être réunies à nouveau. »

Genèse de La Création

« Le jour où l’ours dans le ciel mourra, ce jour là au plus haut sommet de ces terres, se tiendront les sept jours de la création, et l’un des fils des hommes les unira, tirant enfin le Créateur de son sommeil. »

Prophétie de La Bataille du réveil.

Le chaos régnait dans le Jardin d’Eden. Les fleurs qui, il y a quelques heures encore n’étaient que des jeunes pouces, étaient à présent piétinées, arrachées et teintées du sang des hommes et des animaux de tous genres qui livraient bataille en ces lieux. Le vent qui soufflait si haut dans le ciel, au plus haut sommet présent sur ces terres, était glacial et il portait avec lui les derniers cris d’un homme qui cessa d’être. Le Premier Jour venait de tomber et, ironiquement, il était le premier de tous les jours à périr. Il s’effondra au milieu des fleurs blanches de lys de la même couleur que le manteau qu’il portait et à l’arrière duquel était brodé un cercle noir et blanc séparé par une ligne courbe : le symbole du Jour et de la nuit.

Les autres Jours s’éloignèrent du cadavre et cessèrent de lui accorder la moindre attention, tous préoccupés à étudier leurs adversaires. Impossible de deviner qu’il y a encore quelques secondes ils s’étaient alliés pour se débarrasser du Premier Jour. Ils avaient tous conscience des pouvoirs de chacun d’entre eux et ils savaient que bien qu’il ne fût le plus puissant, le Premier Jour serait le plus contrariant durant cette bataille, avec sa capacité à provoquer une obscurité totale autour de lui ou une lumière aveuglante. Il était le Premier Jour de la création ou du moins son avatar et c’étaient les facultés que la Pierre d’Âme lui avait conférées.

– Maintenant que le gêneur est hors d’état de nuire, on peut retourner à nos affaires, Agartha !

L’Avatar du Troisième Jour, un jeune homme, du moins en apparence se précipita vers la femme qui avait l’air tout aussi jeune et qui incarnait le Quatrième Jour. Ses cheveux couleur flamme eut réellement l’air de prendre feu lorsqu’elle invoqua dans chacune des paumes de ses mains, deux boules de la taille d’un poing mais dont émanait une chaleur si intense que le Jour six, qui avait participé à la petite trêve d’il y a quelques minutes entre les trois Jours présents, n’avait guère de mal à ressentir, et ce malgré la distance qui les séparait.

– Dieu fit les deux grands luminaires ; le plus grand pour commander au jour, murmura la femme de feu et l’intensité des flammes augmenta visiblement, puis elle s’adressa à l’homme qui fonçait droit sur elle.  

« Il est temps que tu paies pour toutes les atrocités que toi et ta secte avez commises Japhat ! » lança-t-elle, sa robe noire voletant dans le vent pendant qu’elle s’élança à la rencontre du fameux Japhat, qui souriait. 

Les deux avatars se rencontrèrent dans un clash sonore qui provoqua une déflagration qui ne vint qu’ajouter au vacarme qui régnait dans le Jardin d’Eden. Aucun des combattants ne prêta la moindre attention au Jour six, un jeune homme court et maigrichon qui détonnait avec le tableau qui se peignait en ces lieux. Le jeune homme se faisait appeler Aaron et malgré le manque d’intérêt qui lui était accordé, il était lui aussi le chef de l’une des sept sectes majeures qui divisaient ces terres. Il était l’Avatar du Sixième Jour, la Secte des Hommes.

– Eh le nouveau ! Tu te sens un peu seul ? Laisse-moi vivre tes derniers instants avec toi. Je te promets ce ne sera pas douloureux.

Aaron leva la tête vers le ciel à la recherche de la voix qui avait parlé et croisa le regard fou d’un vieil homme à la peau fripée qui planait au-dessus de lui. Il se tenait en tailleur dans les airs, sa robe rouge de bouddhiste légèrement ballotée par le vent. Il avait l’air de se tenir sur une surface que lui seul pouvait voir ; c’était Gamon, l’Avatar du Deuxième Jour.

Il égrena un chapelet, qui devait très certainement être la matérialisation de sa Pierre d’âme et murmura une prière qui parvint tant bien que mal aux oreilles d’Aaron.

– Dieu fit le firmament, il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus. Et ce fût ainsi.

Aussitôt qu’il prononça les derniers mots, il disparut. Aaron, bien conscient des facultés de chacun de ses adversaires, se mit en posture défensive et, après avoir murmuré une prière, invoqua une armée de squelettes qui se massèrent autour de lui pour le protéger. Ce ne fût pas assez.

Gamon heurta le mur d’os qui venait de se former autour du petit homme. Les os éclatèrent et s’éparpillèrent en une explosion de fémurs, d’omoplates et de phalanges… Aaron ne faiblit pas. Dès qu’un soldat squelette tombait, un autre prenait sa place. La tâche s’avérait éreintante et il prononça plus de prières qu’il n’en avait jamais prononcé de sa vie. Sa défense commençait néanmoins à faiblir sous les assauts du bouddhiste volant dont le sourire n’avait pas déserté le visage.

– Tu manques de maîtrise mon enfant. Je ne sais pas comment tu as réussi à voler la Pierre d’âme à cet imbécile de Balthazar, mais il t’aurait fallu des siècles avant de pouvoir espérer compétir avec nous. Mais dommage pour toi que la Prophétie soit tombée si tôt.

– C’est bien une éraflure que je vois là sur votre joue ? demanda Aaron sur un ton effronté.

Gamon passa ses doigts sur son visage puis les porta à ses yeux. L’ombre d’une seconde le sourire déserta son visage et il parut dur comme la pierre, puis il retrouva son air convivial habituel.

– Tu l’auras voulu petit.

Une tempête se leva sur le mont Eden où la bataille de l’éveil continuait de faire rage. Agartha avait arraché un bras à Japhat, bras que ce dernier avait remplacé par une branche d’arbre épaisse qui paraissait être le prolongement naturel de son corps. La femme flamboyante ne sortirait pas non plus indemne de cet affrontement. Sa robe noire était en lambeau et son visage autrefois impeccable était à présent marqué par des traces rougeoyantes semblables à celles que pourraient laisser des épines, très certainement l’œuvre de Japhat. Elle tenait au-dessus de ses paumes une demi-douzaine de boules de feu miniatures dont l’intensité pâlissait en comparaison à ses précédentes performances.

Aaron reporta son attention sur Gamon qui se trouvait à présent au cœur d’une violente tempête qui menaçait de s’abattre sur lui. Il invoqua plus de soldats mais se limita aux partis essentiels, créant une armée de squelettes avec moins de côtes et dépourvus de têtes, afin de limiter ses réserves d’énergies. Même avec une armée de cette taille il doutait de tenir face à cet assaut. C’est alors que surgirent les requins.

Ils sortirent de nulle part autour de la tempête et se firent emportés par celle-ci. Il continua d’en apparaître par dizaines et plus il y en avait moins la tornade avait d’intensité. Elle finit éventuellement par se dissiper, laissant apparaître Gamon, qui avait l’air d’avoir pris cent ans. Il avait tant bien que mal réussi à y réchapper en y laissant qu’une jambe, ce qui relevait de l’exploit pensa Aaron quand il observa la quantité de carcasse de requin qui gisait dans le Jardin d’Eden. Il savait qui était à l’origine de cet acte, et bien qu’il vienne probablement de lui sauver la vie, Aaron ne se réjouit pas le moins du monde de la venue du chef de la Secte des Animaux, l’Avatar du Cinquième Jour.

– C’est assez malpoli de s’enfuir en plein affrontement, Gamon.

Le nouvel arrivant se tenait au-dessus de ce qui était de tout évidence un mammouth, espèce pourtant censée être disparue depuis fort longtemps. L’animal mettait en valeur sa carrure imposante, car il réussissait à paraître énorme, jonché si haut. Sa monture disparue et l’homme massif entama une chute vertigineuse vers le sol. Avant de toucher ce dernier, un Ours brun se matérialisa sous lui et il se posa sur son dos l’air de rien puis se dirigea vers Gamon dont le vol avait perdu de l’assurance et qui tanguait légèrement dans les airs.

Le Roi des bêtes, comme il se faisait surnommer, passa à côté d’Aaron qui se trouvait dans un état déplorable et ne lui accorda pas la moindre attention. Il fit mine de dépasser l’homme mal-en-point quand subitement sa monture se cabra, puis se dressa sur ses deux pattes arrière. Dans un mouvement inattendu l’animal porta, de ses pattes énormes et griffues, un coup violent vers la tête d’Aaron qui n’eut pas le temps de réagir. La patte atteignit l’endroit voulut et il fut projeter dans un bruit écœurant, à des mètres de là où il se tenait, le cou brisé.

L’affrontement entre Japhat et Quatre se rapprochait de sa conclusion. Le premier n’était plus qu’un torse carbonisé gisant au sol et qui se terminait en un amas de branches qui peinaient à pousser. Il avait épuisé toutes ses ressources durant la confrontation. L’Avatar du Troisième Jour, le jour de la création de la terre, des eaux et des plantes, malgré sa maitrise sur ces derniers, avait épuisé toute son énergie sans venir à bout de son adversaire, qui n’était que pure destruction.

Ils avaient altéré le paysage, créé des cratères gigantesques ça et là, laissant d’immenses plaies dans ce qui avait été un magnifique Jardin. Agartha s’avançait vers son adversaire, visiblement résolue à en finir.

– Tu n’avais aucune chance dès le départ. Le Bien l’emporte toujours.

– Oh épargne-moi tes sermons, nous sommes tous des imposteurs. Juste des petits veinards qui ont eu la chance de tomber sur une des Pierres d’âme du créateur.

– Tu as choisi le chemin du Mal. Tes partisans ont semé la destruction durant des siècles, te proclamant Dieu.

– Pareil pour toi. T’auras beau joué la gentille je ne t’ai pas entendue te plaindre quand cette secte s’est créée autour de toi.

– Hmpf. Ce sont là tes dernières paroles ?

Elle leva sa paume et une boule apparue au-dessus d’elle. Elle était différente des précédentes car il n’en émanait aucunes flammes. C’était une boule grise avec des irrégularités à sa surface qui faisait curieusement penser à une miniature de la Lune ; et c’était bien cela. Malgré qu’elle flottât légèrement au-dessus de sa paume, Japhat devait bien se douter qu’elle était incroyablement dense. C’était une boule similaire qui était à l’origine du cratère dans lequel gisait la seconde moitié de lui.

– Ils illuminent ces terres de leur éclat, les deux grands luminaires. Récita-t-elle.

« Le symbole du Bien c’est Moi ! Et ainsi je l’emporterai. »

Elle allait abattre son astre miniature sur sa cible, après sa sentence solennelle, quand soudain elle fût interrompue par une présence à ses côtés, présence qui observait l’affrontement depuis un moment.

C’était une petite fille, ou du moins ce qui en avait tout l’air et cela surpris Agartha. Elle connaissait tous les Jours de la Création, même celui qui avait récemment pris la place de Balthazar, et aucun d’entre eux n’était une gamine. Elle semblait totalement perdue et détonnait avec le tableau affreux qui s’était peint sur ce sommet. Elle s’agrippa à la robe de la femme de feu puis fondit en larmes purement et simplement.     

Agartha observa la fillette un instant et son incompréhension n’alla que grandissante, puis elle la souleva de terre. Elle la porta à hauteur d’yeux et la scruta. L’enfant avait cessé de pleurer et fit ce qui semblait être un sourire sur son visage bouffi par les larmes. Elle posa ses deux mains, dont la douceur surpris Agartha, sur les joues de cette dernière, et elle explosa.

Là où quelques secondes auparavant se déroulait une scène pleine de tendresse en plein milieu du chaos, se tenait un homme. Il était grand, pas aussi grand que le Roi des Bêtes, dont la taille était hors-norme. Il était grand, pour un humain normal, mais pas imposant. Au contraire il était d’une maigreur alarmante. Japhat qui gisait encore au sol, espérant avoir assez de temps pour régénérer ses jambes, put distinguer le visage de l’homme et il le reconnut ; c’était le sixième jour de la création, Aaron.

– Tu te demandes sûrement comme est-ce possible. Tu espères que je me lance dans un monologue afin d’expliquer comment j’ai mis en œuvre mon plan pour tous vous duper, histoire d’avoir assez de temps pour faire pousser tes petites jambes. Dit l’homme sur un ton sarcastique, en souriant d’un sourire qui n’atteignait pas ses yeux.

« Sache juste qu’au lieu de vous jeter dans cette bataille en comptant sur vos pouvoirs exceptionnels, vous auriez simplement dû utiliser vos cerveaux. Je suppose qu’après autant de temps à vous faire passer pour des dieux, vous avez finit par y croire un peu. »

Il s’était rapproché de Japhat pendant qu’il parlait et il leva le pied devant le visage de l’homme que beaucoup d’humain en bas considérait comme une divinité. Il y lut une supplication et cela le satisfait. Il abattit sa jambe jusqu’alors maigre, à l’instar de tout son corps, mais qui tripla subitement de volume, sur le visage de Japhat et rependit la cervelle de ce dernier dans le Jardin de fleur qu’il avait lui-même créé pour l’occasion.

Aaron s’abaissa et retira la bague qui ornait l’index gauche de sa victime et qui était la Pierre d’Âme du troisième jour de la création. Il contempla sa paume où reposait, à côté de la bague, la boucle d’oreille qu’il avait retiré de la dépouille du quatrième jour. L’image de son visage traversé par les morceaux d’os, suite à l’explosion de son pantin lui revint à l’esprit et il secoua légèrement la tête comme pour la dissiper. Parmi tous les Avatars, elle était la seule à ne pas s’être proclamée Dieu bien qu’une secte s’était formée autour d’elle. C’était la seule qu’ils avaient envisagé de laisser en vie. Mais il faisait ce qu’il devait faire, il le fallait.

– Je vois qu’on a la peau dure. Laisse-moi réessayer !

Aaron n’eut pas le temps de réagir que le Roi des bêtes fonçait déjà sur lui, le dominant de toute sa taille. Il ne se démonta pas pour autant et encaissa le coup que lui porta le colosse. Il faillit décoller du sol sous l’impact mais se rattrapa. Des mains squelettiques jaillirent de terre et se saisirent de ses jambes, les maintenant au sol. Il parvint tant bien que mal à résister à l’assaut et riposta. Un homme tout en muscle surgit sur le côté et assaillit le Roi des bêtes qui sous la surprise ne réussit pas à parer le coup et vacilla.

– Tu maîtrises donc parfaitement les pouvoirs de Balthazar. Les squelettes tout à l’heure, ce n’était que de la comédie à ce que je vois.

– Et vous étiez assez idiots pour vous laisser berner.

– Cela ne change rien pour moi, je t’écraserai, comme j’ai écrasé le vieil homme volant.

Une armée de bêtes surgit autour d’eux ; des bêtes de tous genres, allant d’un simple lion à des espèces longtemps éteintes, toutes dressant leurs crocs, serres et griffes vers Aaron.

– Dieu fit l’homme à son image et le mit au-dessus des animaux et des plantes qu’il avait créé. Dit Aaron qui créa à son tour une armada d’humains. Elle était plus nombreuse que celle du Roi des bêtes mais était constituée uniquement d’hommes massifs n’ayant comme seule arme que la force de leurs muscles.

– Au-dessus des animaux ? Je veux bien voir ça ! gueula le Roi des bêtes qui donna l’ordre à son armée et la bataille reprit, féroce.

Ce fût un spectacle d’horreur, l’armée d’humains de faisait dévorer, par les crocs acérés d’un tigre par ci, ou avaler dans la gorge de serpents gigantesques par là. Pour chaque dizaine d’humain qui tombait, un animal féroce mourrait et Aaron comprit qu’il perdrait. Pour la première fois depuis le début de la bataille, il eut l’impression qu’il allait perdre, la certitude même. Avant il avait son atout, les autres ignoraient qu’il maîtrisait les pouvoirs du précédent avatar du sixième jour. Il s’en était servi pour les berner avec un corps frêle et des capacités limités, histoire de leur faire baisser leur garde. Mais là, il n’avait plus rien. Créer cette armée l’avait vidé de toute sa force et son armée se faisait peu à peu décimer ; il allait perdre.

Éventuellement la fin arriva. Plus aucun humain ne se dressait entre Aaron et le Roi des bêtes. Ce dernier était lui aussi dans un piteux état et Aaron se doutait bien qu’après avoir vaincu le bouddhiste volant, ses derniers ressources étaient allées dans cette armée de bête. Mais cela ne le réjouissait aucunement. Dans un combat au corps à corps avec ce colosse, il n’avait aucune chance.

– Tu n’as plus aucun tour à me montrer ?

Aaron ne répondit pas à la provocation du colosse qui se dirigeait vers lui avec assurance. Soudain, il fût pris de fatigue. Une fatigue si oppressante qu’il ne fût plus capable de tenir sur ses jambes. Il se sentit las, aussi las que si ça dernière nuit de sommeil datait d’il y a une semaine. Comme…Comme s’il portait le poids de toute la création sur ses épaules. Il comprit ce qui se passait, leva la tête et vit que le Roi des bêtes était lui aussi affalé au sol.

– N’est-il pas possible pour une vielle dame de se reposer un peu dans le coin ? Tout ce vacarme vous les jeunes, aucun respect pour les plus âgés.

Aaron leva tant bien que mal les paupières pour regarder d’où provenait la voix. C’était une femme qui paraissait avoir la soixantaine, vêtue d’une robe grise banale ; le Septième Jour.

Aucun des autres avatars ne la comprenait, il n’y avait rien à comprendre. Elle arborait la Pierre d’âme du Septième Jour, le jour du repos, et était donc condamnée à un sommeil quasi perpétuel. Ils considéraient tous qu’elle avait tiré la courte paille et furent surpris de la voir au rendez-vous pour la bataille, bien qu’elle se fût aussitôt endormie à son arrivée. Personne ne pouvait l’approcher, au risque de se retrouver assaillit par une fatigue extrême et d’éventuellement s’endormir. Ils l’avaient laissé dormir, laissant au vainqueur le soin de décider comment disposer d’elle. Et voilà qu’elle était là, debout l’air aussi en forme qu’une femme de son âge pouvait être.

– Surpris mon petit ? Il n’y a pas que toi qui sait jouer la comédie tu sais. Mon pouvoir ne m’a jamais forcé à dormir. Quelqu’un d’aussi faible que moi doit bien apprendre à survivre parmi des brutes comme vous. Et c’est en me faisant toue petite vois-tu.

Elle souriait et elle avait l’air si aimable qu’elle rappela à Aaron sa grand-mère, s’approchant de lui les bras ouverts comme pour l’enlacer tendrement. Plus elle s’avançait plus il était pris de fatigue et il son esprit commençait à s’embrumer. Il éclata d’un rire fou.

– Pauvre petit, essaie au moins de garder toute ta tête avant la fin.

– Je..Je rie parce que je me viens d’imaginer que j’allais me faire tuer par une femme qui ressemble à ma mémé. Vous auriez dû rester coucher.

Il sortit l’un des objets qu’il avait dans sa poche, et le brisa, sous les yeux ébahit de la vielle femme ; la Pierre d’Âme du troisième jour. Et le sol s’effondra.

Comme l’avait dicté la prophétie, ils se tenaient sur le plus haut sommet sur ces terres. Japhat avait créé ce mont et ce jardin au-dessus spécialement pour la bataille, manipulant la prophétie à son avantage. Si la bataille devait avoir lieu sur le plus haut sommet il suffisait de le créer, cela lui avait donné l’avantage du terrain. Et maintenant que sa Pierre d’Âme était détruite, sa création se défaisait. Aaron avait fait ce pari en plein désespoir et il avait payé.

La chute fût longue mais elle avait pris le Septième Jour de court et elle n’eut aucune chance de s’en sortir. Aaron retrouva tant bien que mal ses esprits et usa du peu de force qu’il avait retrouvé suite à son court repos pour se servir de la Pierre d’Âme du Quatrième Jour. Avant d’atteindre le sol et de s’écraser il créa une boule flottante et s’y agrippa, ralentissant peu à peu sa chute. Elle fût tout de même rude.

Quand il sortit des débris, il avait un bras déchiqueté. Il réussit à faire phi de la douleur et scruta les alentours. Le septième jour avait péri, mais ce n’était pas elle qu’il cherchait. Ses craintes se confirmèrent quand il vit le Roi des bêtes atterrir au milieu des débris dans un fracas. Il avait eu la même idée qu’Aaron, celle d’utiliser une Pierre d’Âme, celle qu’il avait prise au bouddhiste volant.

Le Roi des bêtes était aussi mal-en-point, mais pas autant qu’Aaron, et quand il remarqua ce dernier ainsi que son état, la confiance s’installa dans son regard.

– Toi ! Je t’ai vu brisé la Pierre d’Âme de Japhat. Tu es complètement fou ! cria-t-il indigné.

– Cela a toujours été mon but.

– Comment ? Je ne comprends pas !

– Toute cette bataille, cette histoire de prophétie, tout ça ce n’est qu’une farce.

– Mensonge ! J’étais là, dans mon temple. J’ai vu tous ces enfants avoir ces visions, la même vision, les mêmes mots.

– Oui…Oui et ça s’est passé dans les temples de toutes les sectes à la fois. Vous avez passé des siècles et des siècles à vous affronter, vous servir des humains, les aliénés. Prétendant être l’incarnation véritable du Créateur et les autres une bande d’imposteurs. Alors que vous n’étiez que des usurpateurs, de simples humains en possession de bijoux vous conférant les pouvoirs de la création.

– Arrête de parler comme si cela ne te concernait pas. Tu es l’un d’entre nous. Je suppose que tu as découvert que c’est son bracelet qui fait la force de Balthazar et que tu l’as piégé, pour prendre sa place.

– Oh que si je l’ai piégé. Nous l’avons piégé.

– Nous ?

– Durant toues ces années c’est nous les humains qui avons souffert de votre conflit. Vous pensiez que nous allions continuer à subir sans rien faire ?

– La huitième secte.

– Oui, nous avons tout fait pour que vous pensiez que nous n’existions pas, que nous vous servions. On s’est infiltré dans vos temples, ça a pris des siècles. Mais on a réussi. Après il suffisait de créer une fausse prophétie qui vous forcerait à tous vous réunir et être là pour s’assurer qu’aucun de vous n’en ressorte vivant.

Le Roi des bêtes éclata d’un rire sonore. Il rit, il rit longtemps.

– Je ne vous remercierai jamais assez. Vous avez réuni toutes les Pierre d’Âme ici et maintenant elles sont à moi. C’est parfait !

Aaron était à genoux, serrant son moignon, priant que le Roi des bêtes ne remarque pas sa tentative désespérée de gagner du temps.

– Je ne suis pas dupe ! tonna le colosse qui malgré ses blessures se précipita vers le jeune homme à une vitesse fulgurante.

« Cette fois-ci je prendrai soin que tu sois bien mort ! » ajouta-t-il.

Le colosse fût transpercé.

– De la cotte de l’homme Dieu créa la femme. Un morceau d’os, c’est tout ce qu’il me fallait, le mien fait très bien l’affaire en fin de compte.

Le jeune homme c’était arraché ce qu’il lui restait de son bras gauche et en avait créé un être difforme. Une sorte de squelette partiellement recouvert de chair. Il n’avait pas réussi à venir au bout de la création mais ce fut assez.

Le Roi des Bêtes contempla le morceau d’os qui lui traversait le torse et n’eut pas le temps de se retourner pour voir son meurtrier. Il s’affala, mort.

L’homme maigrichon et infirme se tenait là au milieu de ce qu’il restait de La Bataille de l’éveil. Devant lui se trouvait les Pierres d’Âme de six jours de la création. Tout ce qu’il avait à faire s’était les porter et il aurait leurs pouvoirs, il deviendrait… Dieu. Il savait qu’il était un homme juste, ou du moins il s’efforçait de l’être. Et il avait à cœur le bien de l’humanité. Il n’était peut-être pas le meilleur candidat mais s’il devenait Dieu il ferait du bien. Oui le bien. Il suffisait qu’il les porte. Juste un geste.

– Les hommes n’ont pas besoin de Dieu, murmura-t-il. Il détruisit les Pierres d’Âme avec le peu de force que la sienne lui conférait encore, puis l’endommagea en la retirant. Il la détruisit aussi.

« Dieu est mort » dit-il la tête levée au ciel.

 

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